|
-
Le kig ha farz (1)
Il est le plat
emblématique du Léon, soit schématiquement le Nord Finistère. Signifiant littéralement
"viande et farz", ce plat est des plus complets. Il se
réduisait à l'origine à un morceau de porc salé, plus rarement avec
de la vache ou une volaille, mais les bretonnes en ont fait un plat autrement varié et
complet, où on reconnaît l'influence du pot au feu. Chacun a bien sûr un
petit secret ou tour de main, qui fait que celui de Louise ne sera pas
exactement celui de Marie ou de Job. Le sac à farz était souvent
fait d'une manche de chemise de grosse toile écrue (une manche pour le
farz noir, une manche pour le farz blanc!). Le mien a été
fabriqué par les sœurs Galliou (Marguerite et Finig,
les meilleures couturières de Lannilis depuis plus de soixante-dix
ans!). Vous pouvez en trouver à Lesneven, chez un marchand de tissus
quelque part derrière Jo Jan. Évitez
d'utiliser du savon pour le laver après usage : Brossez le à l'eau.
La
recette ci-dessous est celle de ma grand-mère Annick,
juste un peu adaptée à mon goût.
Ingrédients
: Lard de poitrine salé et/ou jambonneau, gîte (ou tout autre morceau de bœuf
à bouillir : macreuse, jumeau, paleron..., chez moi, la queue de bœuf
est quasi obligatoire, voire un ou deux os à moelle.), plat de cote, carottes, poireaux, navets, oignons, chou
vert, farine de blé noir,
oeufs, lait, beurre, pruneau (facultatif), laurier, gros sel.
Recette :
Mettre la viande de porc à dessaler autant de temps que nécessaire. Placer le sac à
tremper dans de l'eau claire. Préparer la pâte du farz-sac'h : Prendre huit
cuillers à soupe de farine de blé noir, et les mettre en puits dans
une jatte. Casser deux ou trois oeufs dans le puits, et mélanger à la
cuiller de bois jusqu'à obtenir un mélange peu grumeleux. Ajouter
éventuellement deux à trois cuillers à soupe de beurre fondu pas trop
chaud (un peu de crème à la place du beurre, c'est ce que je pratique
désormais)). Verser du lait progressivement jusqu'à la consistance
souhaitée, plus épais qu'une pâte à crêpe, mais suffisamment
liquide. Saler d'une pincée. Laisser reposer, peut-être avec deux ou trois pruneaux à
côté, mis à gonfler dans un peu de thé.
Placer le plat de cote au fond
de la marmite, et couvrir d'eau froide, porter à ébullition et laisser
mijoter une petite heure, en écumant autant que nécessaire. C'est ce
qui permettra d'avoir un bon bouillon. Pendant ce temps, éplucher et
parer tous les légumes. On peut varier, le rutabaga, le panais, n'étaient pas rares. Faire blanchir le choux dix
minutes à l'eau bouillante. Le porc salé est également cuit une demie
heure au moins dans de l'eau claire. Ajouter la viande de bœuf et
laisser encore cuire une demie heure. Mettre la pâte à farz dans son
sac avec les pruneaux. Ne pas remplir complètement, car cela va
gonfler, et rien n'est plus laid dans le bouillon que du farz échappé
du sac en cours de cuisson! Ajouter dans la marmite les légumes les
plus longs
à cuire, carottes et navets en particulier, avec du laurier et du gros
sel. Puis ajouter progressivement les poireaux, les oignons, le chou et l'os à moelle(évaluer le temps de cuisson de
chacun pour ne pas retrouver tout en miettes). Entre le moment où le bœuf
a été mis à cuire et le service, deux heures au moins, à feu
modéré, ont dû s'écouler
Chez ma grand mère, on présentait
d'abord le bouillon avec des légumes, puis les enfants se chamaillaient
autour des os à moelle, le temps qu'elle préparait le farz et
le viandes. Deux façons de servir le
farz
: certains aiment le farz en miettes (bruzhuned), et dans ce cas il faut un peu
"rouler" le sac avant de l'ouvrir; pour ceux qui aiment en
couper des tranches compactes, il faut au contraire extraire le farz
avec précautions. La consistance finale dépend en fait du nombre et de
la qualité des oeufs. Selon les goûts le farz peut être arrosé de
beurre cru, fondu roussi, ou de "lipig" (c'est à dire
essentiellement de la
graisse de porc fondue, avec petits morceaux de carottes et d'échalote).
-
Le kig ha farz (2)
Cette
recette est assez proche de la précédente, puisqu'il s'agit d'une
adaptation de mon cru, que j'ai nommée "jambes et racines",
en raison des ingrédients choisis, qui pour les légumes, constituent
sans doute un retour aux origines d'un plat d'hiver dans lequel nos
anciens mettaient beaucoup de légumes racines et de tubercules. La
pomme de terre n'est pas au lot de ces ingrédients, ce qui est
surprenant dans une recette bretonnes, mais il est vrai qu'elles se
démolissent et troublent le bouillon.
Ingrédients
:
-
Viandes: Jarret de bœuf, jarret de veau, jarret de porc demi-sel, plat
de cote
-
Légumes: Carottes, panais, topinambours, navets, oignons, poireaux, un
petit chou vert.
-
Farz noir (cuit en sac): Farine de blé noir, oeufs, crème liquide,
lait entier, sel.
-
Farz blanc (cuit au four): Farine de froment, oeufs, sucre, lait.
-
Aromates: Sel, poivre en grains, laurier, livèche, branche de céleri
acceptée), clou de girofle, sauge, persil.
Recette
:
-
Faire dessaler le jarret de porc, puis le mettre à l'eau froide dans
une cocotte avec un peu de sauge, de laurier et des grains de poivre
noir. Porter à ébullition, et cuire pendant deux heures. Réserver, et
le mettre à réchauffer dans son bouillon un peu avant de passer à
table.
-
Préparer un bouillon dans une très grande marmite, mettre du plat de
cote à l'eau froide, puis porter à ébullition. Ajouter le jarret de bœuf,
puis le jarret de veau, et les légumes au fur et à mesure, en fonction
de leur degré de cuisson respectifs. Le chou aura été un peu blanchi
avant (en fait, on procède comme pour un pot-au-feu, je mets toujours
une partie de la viande à l'eau froide et une partie à l'eau chaude,
ce qui m'évite d'avoir à gloser sur les avantages et inconvénients
des deux méthodes). On sale au gros sel, et on y met du laurier, de la
livèche ou du céleri en branche, du persil et un oignon piqué de
quelques clous de girofle.
-
Entre temps on aura préparé le farz noir. Le sac aura été mis à
tremper dans de l'eau claire pour en resserrer les fibres. Ma pâte,
c'est en gros : huit grosses cuillers à soupe de farine de blé noir,
trois oeufs et un mélange 30% crème liquide 70% lait. Mettre la farine
en fontaine, et incorporer les oeufs. Quand le mélange est lisse,
allonger avec du lait entier pour obtenir une pâte assez liquide, mais
pas trop ;-)). Le farz noir avec trois oeufs sera assez compact; si on
l'aime émietté, on diminue la proportion d'œufs. De même pour le
lait et la crème, selon qu'on l'aime un peu sec ou émollient. La pâte
est versée dans le sac, coutures à l'extérieur, ainsi le farz est
plus régulier et le sac plus facile à laver ensuite). Cuisson : 1H30
dans le bouillon en préparation.
-
Farz blanc : Sept belles cuillers à soupe de farine de froment, en
fontaine, incorporer trois oeufs, une fois lisse, ajouter trois cuillers
à soupe de sucre, et travailler la pâte cinq bonnes minutes : La
mélanger énergiquement avec une cuiller en bois, partie creuse en
dessous, de manière à aérer la pâte. Allonger avec du lait de
manière à avoir comme une pâte à crêpes pas très liquide. Laisser
reposer. (Je fais l'impasse sur les fruits secs, raisins ou pruneaux, ce
n'est ni un tagine ni un couscous ;-)) Mettre du beurre à fondre au
four dans une case en terre, et lorsqu'il est fondu, y verser la pâte,
et mettre à cuire au four à environ 160°. Compter environ 3O minutes
pour la cuisson.
-
Service : J'aime bien commencer par un bol de bouillon, surtout celui-là
qui avec cette diversité de légumes-racines est très parfumé. Je
sers en même temps viandes, légumes, et farz noir, pour la première
assiettée. Je fais l'impasse sur le "lipig" (beurre et/ou
saindoux fondu avec échalotes et carottes rissolés), je trouve
meilleur un peu de beurre cru sur le farz).
A
ce moment, le farz blanc doit être prêt. Certains s'en servent uniquement
en guise de dessert, mais il est traditionnel de le manger avec la
viande de porc salée. Comme dit mon pote le boucher de Landéda qui est
un peu fier de son pays et de ses habitants "Ce sont les bretons
qui ont inauguré en France le sucré-salé".
-
Boisson : Ce qu'on veut en fait, de l'eau, du cidre, du lait. Moi qui ai
voyagé, je sers du vin rouge, genre Crozes Hermitage ou Saint-Joseph,
ou Chinon...
-
Les restes : L'utilisation traditionnelle des restes du kig ha farz,
c'est de couper le reste de farz noir et le reste de viande, en petit
morceaux, et de les faire sauter à la poêle avec beaucoup d'échalote,
de manière à les rendre croustillant. On y ajoute alors, juste pour
les réchauffer un peu, un peu du reste de légume coupé en dés. Le
reste de farz blanc? Ma doue benniget, il n'en reste jamais!
-
Le farz buan du
C'est une façon
savoureuse de goûter au plaisir gastronomique
du blé noir, sans se donner la peine de préparer tout un kig ha farz.
Ingrédients
: Farine de blé noir, lait, œufs, beurre, chair à
saucisse, échalote (facultatif).
Recette : Faire brunir légèrement une ou deux échalotes hachées
dans un peu de beurre. Réserver. Préparer une pâte à farz noir,
selon la recette de kig ha farz ci-dessus, un peu moins liquide. Dans une poêle à fond
épais, faire fondre du beurre et verser la pâte. Tourner
vigoureusement à la spatule de bois, de façon à éviter que cela ne
colle, et séparer en morceaux.
Ajouter une noix de beurre en cours de
travail. Lorsque le farz est réduit en morceaux (certains vont
jusqu'aux boulettes de la taille d'un petit pois), ajouter la chair à
saucisse, dans la proportion d'environ un quart de la quantité de farz.
Remuer vigoureusement, et ajouter les échalotes si on souhaite en
mettre. Personnellement, je m'en passe bien.
-
Le pouloud
Le blé noir dans sa pure
expression le mot en breton signifie "grumeau", un plat ancien et rustique à
l'extrême. Je n'en raffole pas, mais il y a des inconditionnels. La recette d'origine est d'une
humilité extrême, et ne contient pas d'œufs. La pâte est cuite dans
un mélange de lait et d'eau. Ci-dessous, une version plus rupine.
Ingrédients
: Huit cuillers de farine de blé noir, un ou
deux oeufs, cent grammes de beurre, lait.
Recette : Disposer la farine en fontaine dans une jatte, et y
mélanger un ou deux oeufs. Ajouter un peu de beurre fondu. Délayer
encore avec un peu de lait chaud : Attention, la pâte ne doit pas être
liquide. Dans un faitout, faire monter du lait à ébullition, et le maintenir
à douce ébullition, tandis que l'on verse à la cuiller des morceaux
de pâte de la taille d'une petite quenelle. Lorsqu'elles sont cuites,
elles remontent à la surface, et on les extrait pour les disposer dans
les bols. Lorsque chaque portion est prête, disposer un morceau de
beurre par dessus, et répartir le lait chaud dans chaque bol.
-
Les galettes de sarrasin
Ou crêpes de blé noir. Il faut vraiment un tour de main pour en
réussir de belles à la cuisson. Ensuite, vous les garnirez comme il
vous chante. Le dernier chic restaurateur semble être la
"crêperie-pizza", c'est peut-être mieux que les fast-foods,
et cela fait florès auprès des campings. Si les produits sont de
qualité, on a le droit de s'en régaler, mais bon... Quant à moi, ma crêpe
favorite est
juste garnie au beurre salé, et laissée à cuire suffisamment
longtemps sur la plaque pour être presque croustillante. Voici une
recette de pâte à crêpes qui en vaut d'autres :
Ingrédients
: 500g de farine de blé noir (il est parfois mélangé 1/3 de
farine de froment, 2/3 de sarrasin, voire 50/50, ce qui donne de
l'homogénéité à la pâte), 100g de beurre, 3 oeufs, 3/4 de litre de
lait, 1/4 de litre d'eau tiède.
Recette : Mettre les farines dans une jatte, casser les oeufs
au centre, et mélanger. Verser progressivement le lait, puis l'eau
tiède où aura été fondu le beurre. La pâte, un peu moins liquide
qu'une pâte à crêpe de froment, doit reposer une bonne heure avant
utilisation.
-
Muffins de blé noir à l'andouille et à l'oignon rosé
Ingrédients :
-
Mélange sec : 200g de farine de blé noir, 1 sachet de levure
chimique, 1 cuiller à café de bicarbonate de sodium, 1 pincée de sel,
poivre noir
moulu.
- Mélange humide : 2 oeufs, 1 yaourt, 1 cuiller
à soupe de crème
fleurette, 80 g de beurre fondu, 1 verre de lait, ou plus selon consistance de la pâte (la farine de
blé noir "boit" beaucoup, c'est un vrai produit breton...
- Garniture : 100g d'andouille en petits dés (je prends de l'andouille
au lard, mais ce dernier ne s'impose pas), 100g d'oignons de
Roscoff coupés en dés et revenus au beurre avec une légère
coloration.(100g après cuisson).Toute autre variété d'oignon un peu
doux conviendrait.
Recette : Il faut grossièrement mélanger les mélanges et la
garniture, remplir aux 3/4 les moules et enfourner pendant 20 minutes. J'utilise des moules en silicone qui n'ont pas besoin d'être beurré
au préalable.
Note : Un sachet de levure plus le bicarbonate, çà peut paraître
beaucoup, mais c'est nécessaire pour faire lever le blé noir. Il est
tentant pour obtenir
des muffins mieux levés de couper d'un peu de farine de froment, mais
le goût en est modifié.
|